Dès fois je me demande à quoi je sers dans ce monde. C'est facile à répondre. Je sers à être moi-même. Enfin, je suis ce que je suis quand je suis entourée d'autres personnes. Quand on est tous seuls, tout ce qui se passe dans la tête, tous les pensées, tous les idées, les souvenirs personnels, les émotions,.. personne ne peut les connaître à part soi-même. Personne ne peut connaître parfaitement un individu à l'état "cru" : sa véritable âme restera toujours caché derrière sa personnalité. Mais c'était pas de cela que je parlais. Je voulais dire, dans ce monde, mon but est quoi ? Ne me dites pas : finir les études, avoir un job, se marier, avoir des enfants, gagner de l'argent, avoir une retraite tranquille, mourir heureuse et laisser assez de fric pour satisfaire mes enfants et petits enfants pendant de longs années... Ca je n'en veux pas. Tout cela, c'est que des choses facultatives que l'on peut faire dans sa vie, des choses qui s'appellent dans notre société "la norme". Mais c'est toujours pas de ça que je parlais. En fait, on ne peut pas vivre sans interaction. C'est impossible. Dès la naissance, on le subit grâce à nos parents, puis à l'école, collège, lycée, la vie adulte... Partout on échange avec d'autres individus, que ça soit voulu ou pas. La conversation c'en est une forme. L'écrit un autre. Mais aussi les plus discrets : le regard, le toucher, les signes, le comportement corporel, la présence... Enfin, il existe des millions de moyens qui font qu'on agisse sur ceux qui nous entourent, qu'on en est conscient ou pas. C'est de cela que je parle. Comment j'affecte les gens qui m'entourent ? Ca par contre, ce n'est pas facile à répondre. Certes, les bons amis tu les rends heureux, ce ne sont pas des amis pour rien. Tu donnes le sourire aux gens qui t'adorent. Tu fais rire ceux qui t'admirent. Mais les autres ? Bon, les ennemis tu leur provoquent des émotions péjoratives, ça tu peux en être certaine. Je voulais dire ceux qui te regardent de loin. Les gens dont tu vois tous les jours mais à qui tu n'adresses jamais la parole, mais simplement des regards passants. Les gens à qui tu as souris, puis ne revoient plus jamais. Celui qui t'a tenu la porte par pure politesse. Celui que tu as rencontré sur un jeu en ligne et à qui tu as causé pendant un peu. Et eux alors ? Tu n'as pas eu d'influence sur eux ? Tu as occupé leurs pensées pendant un peu de temps, peut-être qu'une fraction de seconde, peut-être plus, mais ils ont quand même pensé à toi. Ils ont réfléchi. Tu ne peux pas savoir ce qui leur passait par la tête quand ils pensaient à toi. Tu ne peux même pas commencer à imaginer toutes les possibilités. Celui à qui tu as souri que parce que tu avais envie de sourire ; ça se trouve que ton sourire lui a sorti d'une dépression, peut-être que tu as changé complètement son avis sur les jeunes de ton age, tu as peut-être cassé son fil de pensée et en conséquence il a oublié d'acheter le beurre dont il en avait besoin, ou peut-être tout simplement il est resté indifférent. Il y a tellement de possibilités qui vont d'un extrême à l'autre, que c'est inimaginable. Celui qui t'a regardé passer, dont tu ignores même l'existence, a peut-être été rappelé de certains souvenirs, bonnes ou mauvaises. Te voir lui a peut-être donné envie d'appeler sa copine, ou de changer de style vestimentaire, ou même ça a pu lui provoquer de faire une énorme décision qui changera sa vie. Ne dis pas non. Tu n'en sais rien ! Tout est possible. Et puis, comment savoir comment les pensées d'un étranger se défilent ? Mêmes ceux de tes plus proches amis tu ne peux pas le savoir. C'est unique à chacun. Personne n'a eu exactement le même passé, les mêmes pensées, sentiments, situations ou aventures. Enfin, c'est ça que j'aimerais savoir. Comment je change la vie des gens, consciemment ou pas. Tous les petits trucs, mêmes les plus banales. Tu te sentiras tellement plus importante parce que tu sais que tu as « aidé » beaucoup plus de personnes que tu ne le croyais. Cependant, de l'autre côté, tu sauras aussi toutes les mauvaises choses qui se sont passés à cause de ta présence. Toutes les larmes, tous les relâchements, tous les arguments, tout à cause de toi. Que parce que tu avais été à un certain endroit à un moment précis. Si tu n'avais pas été là, ça ne se serait pas passé comme cela. Tout aurait pu finir autrement, certainement mieux, si tu avais été autre part. Finalement, c'est peut-être mieux de rester dans l'ignorance. De pouvoir imaginer librement et sans limites à la place de savoir la vérité concrète. Il y a des tas de choses qu'on ne sait pas, et c'est sûrement pour le meilleur. Si on savait tout, ça nous rendrait certainement fou.
Ah, la vie !